Des femmes ont vraiment complété des AVAXC ?

Pour me laisser votre témoignage, merci de m’écrire à cindy@lafeedespetitspas.fr

« Attends, attends, de quoi??? » 

Oui, tu as bien lu. Un Accouchement Vaginal Après 3 Césariennes.
« Et c’est possible, ça? Nan, parce que moi, on m’a toujours dit qu’après 2 césariennes… »
Ca te parle ce genre de phrase?
Et bien, en connaissance de cause, je peux te dire que ces affirmations non informées sont fausses. Attention, je ne dis pas de se lancer dans un projet pareil sans s’informer un minimum.
« C’est-à-dire? »

Déjà, se connaître, s’écouter, se reconnecter à son corps, ses ressentis, son instinct. Ensuite, c’est s’informer, échanger, se préparer physiquement et psychologiquement.
« Waouh, le parcours du combattant, quoi! »
Mais non, en clair, ECOUTE-TOI, FAIS CONFIANCE A TON CORPS, TON INSTINCT et TON BEBE! C’est pas compliqué! Bon, on verra dans un autre article comment s’y prendre, je vais déjà te parler de moi. Oui, encore! Si tu es là, c’est que tu veux en savoir plus, non? Alors boucle ta ceinture, c’est parti!
Pour cette 4ème (euh non, 6è) grossesse…Oups, faut juste que j’explique ce chiffre. J’ai subi un IVG* à 18 ans suite à un viol et j’ai fait une FC* il y a 1 an et demi. Du coup, ça monte le nombre de grossesses à 6.
Pour cette 4ème grossesse donc, je commençais à sentir que je voulais autre chose, sans réellement pouvoir l’expliquer. Et puis, en février, dernière tente rouge avant le confinement, une amie merveilleuse m’a prêté un livre, comme si elle avait deviné mon tourment intérieur : le livre du Dr Michel Odent « Césariennes : questions, effets, enjeux ». Je l’ai dévoré. 
Il faut que je précise que je suis moi-même née par césarienne en urgence. Etrange, non?…  Ce livre m’a littéralement retournée, bouleversée. Je suis passée par toutes les émotions, mais surtout, cette immense colère pour ce qui nous a été volé à nous les femmes, mais aussi, par procuration, à nos moitiés. Je me suis sentie trahie, révoltée par cette désinformation autour de la césarienne.
Je suis donc partie en guerre  à la recherche de davantage d’infos. J’ai commencé à fréquenter des groupes d’AVAC* (aucun n’est français), celui de Césarine (la seule asso française sur les césas), j’ai échangé avec des femmes qui l’ont fait et ai poursuivi mon festin de bouquins : « Une autre césarienne ou un AVAC : s’informer pour mieux décider » d’Hélène Vadeboncoeur; « Le guide de la naissance naturelle » d’Ina May Gaskin; « Accoucher par soi-même » de Laura Shanley Kaplan. Je les ai dévorés au moins 2 fois  chacun en 5 mois…
Pour la petite histoire, accoucher à la maison m’avait effleuré l’esprit pour mon premier, mais j’étais bien la seule et puis le verdict étant tombé, l’idée a filé… Pour revenir, 9 ans plus tard! Oui, avec tout ce que j’avais lu et ce que je savais sur ma cicatrice et mon corps, je voulais enfanter sans assistance chez moi. Je savais qu’il serait difficile voire impossible de trouver une sage-femme qui pratique des AAD, mais j’ai tout de même souhaité en rencontrer une. 
Quelle belle rencontre. Bien sûr, il n’était pas question qu’elle m’accompagne et je ne lui ai pas parlé de mes projets, mais ce fut très instructif et enrichissant, comme échange. Je suis pleine de gratitude envers elle et les combats qu’elle mène pour le bien des femmes et de leurs bébés.
Pour en revenir à nos moutons, j’ai quand même fait le suivi médical tous les mois et les 3 échos. Je me suis aussi inscrite dans une maternité. J’y ai négocié une césarienne une semaine avant le terme. J’espérais secrètement que le processus de la naissance aurait déjà eu lieu.
Ben non… Nous voilà la veille de la césa et je pleure toutes les larmes de mon corps, toute la journée. Heureusement les 3 aînés sont en vacances! J’avais fissuré la poche des eaux une grosse semaine avant (ça fera l’objet d’un prochain article d’ailleurs : to stay or not to stay at home avec une fissure…) et j’avais envoyé des messages à mon amie mère-veilleuse qui me transmettait des infos sans chercher à m’influencer sur mon choix. Donc, me voilà à lui expliquer que j’en suis à chercher des prétextes pour ne pas me rendre au rdv du lendemain, 7h. Une panne de voiture? J’ai oublié? Chui malade? Pfff, je galère… Je reçois sa réponse au retour de mon homme du boulot, à 00h30. Et cela confirme ce que je sais au fond de moi :  PERSONNE, non PERSONNE ne peut m’obliger à y aller, c’est mon corps, mon bébé, il s’agit d’aller se faire découper le ventre, quoi! Et je ne suis pas obligée de les prévenir… Et là, une fracture en moi… La petite fille sage qui honore les rdv, la ponctualité, toussa toussa, s’était quasi résignée à y aller, mais la femme sauvage qui revient chez moi a pris le dessus! Une belle discussion avec mon homme qui me répète les mêmes arguments, ajoutant qu’il est à 100% avec moi, qu’il s’occupera d’expliquer à nos proches, achève de me convaincre. Je suis soulagée. Je n’irai pas.
Une doula* québécoise dont j’avais fait la connaissance sur un groupe m’avait gracieusement proposé une séance d’hypnose pour aider à avancer le processus. Nous n’avons jamais réussi à nous joindre. Jusqu’à cette nuit-là. Et de 01h30 à 03h00, heures françaises, nous échangeons, elle me fait une séance d’hypnose, je suis bien. Immense gratitude à elle!!! Je me couche, il doit être 04h et me réveille, étonnamment, trop tard pour le rendez-vous… Je ne me sens pas de les appeler, je me sens fragile et je ne suis pas prête à entendre leurs peurs (ça m’a suffit sur le répondeur : »vous vous mettez en danger ainsi que votre bébé ». Heureusement que je suis informée…). C’est pas bien, mais mince quoi, pour une fois dans ma vie, je M’écoute enfin et ME respecte. C’est juste énorme… Je finis par envoyer un mail pas top avec une excuse bidon parce que ma conscience a quand même un peu mal… (j’ai rectifié le tir avec un mail explicatif en rentrant de la maternité). Me voilà, à 18h passées, à faire des crêpes, parce que j’avais envie de crêpes devant un film ce soir là. Je ressens des vagues* (bon, des contractions, si tu préfères, mais moi, j’aime pas ce mot), mais comme d’habitude, un resserrement un peu plus intense, rien de spécial. Je me mets à chronométrer. J’arrête parce que je suis jamais synchrone pour appuyer sur le téléphone et ça me saoûle vite… En gros, c’est pas régulier. Il doit être 22h, on décide d’aller se coucher. Et puis en fait, non. Je ne tiens pas en place. Je vais dans le salon, j’installe ma grande couverture au sol, j’ai mon ballon, j’allume bougies, encens, ma playlist… Je suis bien, je gère. Toujours rien de régulier et pas de douleurs. Avec ma fissure, je préfère ne pas tenter de savoir où en est mon col. Mon homme me gonfle la piscine (j’ai juste oublié de lui préciser de la remplir…). A partie d’01h30 à peu près, ça passe à un autre registre. Je vomis 3 fois (je sais, pourtant, que ça veut dire que je suis proche de l’expulsion, mais je pense que je ne voulais pas y croire, vu la vitesse du processus pour une primipare… Encore une légende urbaine d’ailleurs!). C’est la phase de désespérance ou plutôt, pour un langage moins effrayant, la phase de transition. Je suis littéralement submergée par les vagues et leur puissance est dans les reins. Je ne gère rien (en plus je découvre que la piscine est vide…). Mon homme la remplit, mais j’aperçois un peu de sang dans le liquide. C’était sûrement le col qui travaillait à fond, toujours est-il que j’ai préféré dire à mon homme de partir pour l’hôpital (pas la même maternité où était prévue la césa). La piscine est quasi remplie…Il essaie de m’enfiler ma robe en pleine vague : je lui grogne dessus (le pauvre!). Nous partons enfin. A peine 10 km après, ça pousse! Et moi qui pense ne pas être suffisamment dilatée (mince, alors, avec mes lectures, j’aurais dû savoir que tout était ok!), je lutte contre mon corps.  Mon homme me demande si je veux qu’il appelle les pompiers. Évidemment, je ne lui réponds pas (enfin, dans mon souvenir, parce qu’apparemment, je lui ai répondu… Dans un langage fleuri…). Il les appelle donc et précise comme il peut ma situation, dont les césa antérieures. Je réponds comme je peux aussi aux questions du genre « vous sentez que ça pousse ? ». Mouahaha, ben plutôt oui et je n’y peux rien ! Les pompiers locaux (c’est la pleine cambrousse par chez moi) arrivent avec leur vsav* sans brancard. Sont sympa, ils me donnent à boire. Parce que je n’ai jamais eu aussi soif de ma vie ! Arrivent les pompiers de la grande ville « voisine », puis le samu. Me voilà dans un autre vsav, allongée sur un brancard, les jambes relevées. J’essaie de dire que je ne suis pas bien dans cette position, mais le jeune médecin, franchement en stress ne m’entend pas. Perf posée avec du strap, trop serré (j’en souffre encore aujourd’hui…), plus le droit de boire, mais surtout « ne poussez pas madame ». Re-mouahaha… Comme si je pouvais contrôler quoique ce soit ! Il est en ligne avec l’hôpital (pas la clinique où je devais me faire opérer). Mon homme a préféré prendre la voiture. Je me doute qu’un comité d’accueil m’attend. Je ne suis pas déçue. Entre 10 à 15 personnes, pas moins ! Pendant que l’un (l’une, aucune idée) me rase au niveau de la cicatrice (je soupçonne un espoir de faire une césa d’urgence…), un-e autre me fait un toucher vaginal, bien sûr sans me demander ou même juste me le dire. J’entends juste que je suis complète et que bébé avec la poche est bien engagé, donc direction la salle de naissance (pose de sonde sans anesthésie entre temps). Et là, envolée de moineaux, ne restent plus que mon homme, un sage-femme et une aide soignante. Je précise que je suis une inconnue pour eux, mais qu’ils sont soulagés en voyant que j’ai mon dossier avec moi dont les comptes rendus des césa. On essaie de me poser, par 3 fois et en vain, une perf au bras gauche. Mes veines claquent (oh les jolis bleus…) Bon, si j’avais été douée de parole à ce moment, je leur aurai hurlé dit de me laisser me mettre dans la position de mon choix. Clairement, je ne pouvais pas parler et j’avais omis d’imprimer mon projet de naissance voie basse, ç’aurait permis au papa de faire respecter mes souhaits. Me voilà donc dans cette merveilleuse et si physiologique position gynéco, avec des étriers trop hauts. Et c’est parti pour la poussée dirigée. L’aide soignante me dit de pousser comme si j’étais constipée (j’avais envie de lui dire que c’est quelque chose que justement je ne fais pas et qu’en plus, ce n’est pas de cette façon que la poussée sera efficace). J’ai droit au classique « il va falloir y aller parce que votre bébé n’aime pas là où il est ». Traduction : son rythme cardiaque ne leur plaît pas. Du coup, je sens que le sage femme fait quelque chose en bas (je suis incapable de dire où ça se situe). Mon homme me dira plus tard qu’il a introduit un-des doigts (je ne sais plus) dans mon anus, sûrement pour stimuler. Ceci reste un mystère pour moi… Évidemment, rien ne m’a été demandé, ni même expliqué. Mon petit loulou naît moins de 30 minutes après notre arrivée. Je ne prends pas le temps de redescendre du vortex, me rappelant qu’il reste le placenta. Je demande à ne pas couper le cordon mais il m’est répondu qu’il est trop court et pas le temps de dire quoique ce soit, mon homme a les ciseaux en main et coupe. Nous découvrons qu’il s’agit d’un petit gars (nous avons un gars et deux filles. Voilà qui va contenter tout le monde…) Le sage femme me dit de pousser, mais le temps que ça passe par les pieds et que ça remonte au cerveau, il me dit d’arrêter. Autant dire que je n’ai pas du tout poussé. Et le voilà qui tire sur le cordon et sort mon placenta qui finit à la poubelle… Gratitude à toi, quasi jumeau de mon fils, pour tout… Moi qui rêvais d’un placenta lotus*. « Un quoi??? » On verra ça aussi, t’inquiète, dans un autre article! Bon, j’en étais où, moi… Ah oui, le placenta « arraché ». Bah si, je crois qu’on peut quand même qualifié ça comme ça! Le bébé à peine sorti, faut que le placenta dégage aussi sec… Bref, voilà que j’entends que je perds un peu trop de sang (sans blague…). « On est à 500. On est à 800 ». Hémorragie… « Madame, on va vous faire une révision utérine sous AG, la gynéco arrive et les anesthésistes aussi ». Euh, ah bon?!? Z’avaient pas prévu le truc avant que j’arrive, par hasard? Ils voulaient vraiment la faire cette révision (je me sens comme une bagnole, tiens…) comme ça, ils vérifient les cicatrices, on ne sait jamais, des fois que je me rendrai pas compte d’une rupture utérine… Nan mais, franchement, je ne suis pas sous péri, ni sous rachi, juste sous ocytocine naturelle… Je pense que si une rupture était survenue, je l’aurais sentie passer! (on verra aussi ça bientôt, promis!). Me voilà en train de lutter pour ne pas partir, avec leur foutu masque. Je sais pas ce qu’ils mettent, mais c’est de la bonne! Je suis partie dans un délire kaléidoscopique, en mode Doom Patrol (série complètement tordue!), de déconstruction jusqu’au néant… Waaaah! Bon, je me réveille dans le coltar, mes deux hommes sont là. Je suis sous Nalador, de l’ocytocine de synthèse, produit plus fort que le Syntocinon (on y reviendra aussi). Tant qu’il y a du produit, je garde la sonde. Je peux enfin allaiter mon loupiot, un peu moins de 2h après son arrivée au monde terrestre. Qu’il est beau. Qu’il sent bon! Un vrai chef, il trouve tout seul et le chemin et comment faire. Ben franchement, pas besoin d’ocytocine de synthèse pour faire contracter l’utérus! Je ne sentais rien avec les produits, mais en allaitant, j’ai bien senti les premières tranchées*!!! Je finis par être transférée en chambre double et, merci le COVID, j’y suis seule. Par contre, la perf posée sur ma main droite, si serrée, avec la canule incrustée entre deux articulations m’a bien fait souffrir. A la fin de la journée, ça me brûlait! Je me suis retrouvée avec un hématome, une sorte de boule qui m’empêchait de bien utiliser mon majeur, puis qui s’est déplacée vers mon index. Et depuis, mon poignet se bloque avec une douleur aigüe… A part 2 personnes juste après mon réveil, qui nous ont dit que c’était imprudent ce que nous avions fait, tous les autres soignants étaient impressionnés et enthousiastes! Même la pédiatre vue à la fin de mon séjour de 3 jours m’a dit que j’avais eu raison de m’écouter! Je suis tombée sur des personnels très ouverts, on se comprenait. Parler allaitement long, cododo et peau à peau, maternage proximal,… et être sur la même longueur d’onde! C’est magique et ça fait un bien fou! La conseillère en lactation qui me dit qu’elle vient dans ma chambre prendre sa dose de bonheur pour continuer sa tournée, c’est juste génial! Je suis restée 3 jours (à cause de l’hémorragie). Au final, j’ai perdu un peu plus d’un litre de sang, mais pas besoin de transfusion, ni d’apport en fer! J’avais de la réserve! 
Conclusion : l’hémorragie est due au placenta arraché, cela ne fait aucun doute, bien qu’évidemment ce ne soit pas officiel…
Je suis super fière de nous 3, c’est certain, même si le scénario n’est pas celui de départ. Mais je garde des éléments à détricoter : le placenta, l’hémorragie, l’intrusion dans mon corps pour je ne sais quelle raison (crochetage du menton de bébé, peut-être), les produits, les perf mal posées avec séquelle, la déchirure et les 4 points de suture où quelque chose ne va pas (j’en parlerai plus tard)… Il est très probable que certaines choses expliquent pourquoi je ne me sens pas super bien, honteuse concernant cette partie de mon corps déchirée puis recousue, visitée sans mon consentement…
Vivement la prochaine tente rouge!